Ne rien faire contre le burn-out, à la néerlandaise
Le “niksen” s’impose comme antidote séduisant à la culture de l’hyper-performance, devenu phénomène éditorial et désormais produit par l’industrie du bien-être. Entre héritage calviniste, contradictions sociales et chiffres contrastés sur le stress, les Pays-Bas offrent un laboratoire vivant des limites du “toujours plus”. Reste la vraie stratégie: apprendre à lâcher l’objectif… sans en faire une nouvelle tâche à cocher.
Points clés
- L’intérêt pour le “niksen” a explosé en cinq ans, au point d’en faire une “sensation” éditoriale internationale.
- Olga Mecking, autrice de “Niksen: Embracing the Dutch Art of Doing Nothing”, a popularisé le concept après un article viral dans le New York Times en 2019; son livre (paru fin 2020) est traduit en 13 langues.
- Le groupe David Lloyd Leisure (100+ clubs au Royaume-Uni) lance en 2024 des cours de “niksen” pour “relâcher les tensions”.
- Le psychologue néerlandais Jan de Jonge, cité lors de ce lancement, souligne que le “niksen” répond surtout aux pressions de la vie moderne, plus qu’à un “art de vivre” intrinsèquement néerlandais.
- Ruut Veenhoven (Erasmus University Rotterdam) qualifie le “niksen” de concept médiatique, reflet d’une société très active où la satisfaction de vie est élevée… mais où la pression temporelle nourrit le rêve de relâchement.
- Carolien Hamming (CEO, CSR Centrum) estime que le “niksen” contredit l’éthos calviniste local: on valorise l’utilité, la discipline et le travail, d’où la difficulté à “ne rien faire” sans culpabilité.
- L’étude Cigna Healthcare Vitality (10 000 répondants, 12 marchés) place les Pays-Bas en tête: 90% des employés s’y disent en burn-out, 27% se sentent fatigués/vidés; 64% déclarent du stress, bien moins que la Belgique (81%).
- Selon Cigna, les Néerlandais sont relativement moins stressés par le coût de la vie, les finances personnelles et l’incertitude, mais “trop de travail” demeure la première cause de stress.
- Une étude TNO (2023) indique qu’1 travailleur néerlandais sur 5 présente des symptômes de burn-out, portée par des exigences croissantes, l’essor du gig economy et des attentes changeantes sur l’équilibre vie pro/vie perso.
- Roel Fransen (Oval, Tilburg) note une réponse culturelle ambivalente: solidarité qui réduit la stigmatisation, ambition élevée, réticence à prendre des congés, et pression de la “gezelligheid” à être socialement présent en permanence.
À retenir
Prescription anti-burn-out pour humains pressés: 1) Programmez des micro-moments de “niksen” (oui, on va “planifier” le fait de ne rien planifier, ironie comprise). 2) Rangez le compteur de pas: une balade peut ne servir à rien — et c’est précisément le but. 3) Si un cours de “niksen” vous tente, foncez; sinon, une chaise, une fenêtre et zéro objectif font très bien l’affaire. 4) Culpabilité? À déposer à côté des rideaux… ouverts. Au pire, vous aurez “rien fait” avec brio. Au mieux, vous respirerez enfin.
Sources





