Internet face au slop de l’IA : comment les bots, Google et les plateformes détraquent le web

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Le web survivra-t-il à la bouillie générative ?

Le web est submergé par une bouillie de contenus générés par l’IA, optimisés pour le clic et encouragés par des modèles économiques de plateformes qui privilégient le volume à la véracité. Entre désinformation à grande échelle, moteurs de recherche dégradés et économie du clic reposant sur une main-d’œuvre invisible, le pouvoir se concentre chez quelques acteurs comme Google, OpenAI ou Anthropic. La riposte passe par la transparence, la provenance des contenus, le soutien aux créateurs humains et le repli vers des communautés plus petites, vérifiées et… humaines.

Points clés

  • Le “slop” désigne la prolifération de contenus IA creux et viraux (ex. “Shrimp Jesus” sur Facebook), monétisés par la plateforme, comme l’a montré le journaliste Max Read.
  • En Allemagne, plus de 30 000 nouvelles vidéos IA ont été recensées sur des chaînes étudiées en un an, avec des centaines de milliers à des millions de vues, relayant rumeurs people, intox politiques pro-AFD et intox commerciales (ex. polémique Lidl).
  • Sur Amazon, des guides IA de cueillette de champignons, pointés par la New York Mycological Society, contiennent des conseils potentiellement dangereux et indiscernables de livres sérieux.
  • Des “usines à livres” publient à la chaîne des titres IA (ex. “Hélène Vonvalgraben” avec des dizaines de parutions en 2024), jusqu’à contrefaire des ouvrages de chercheurs; retrait par Amazon souvent après médiatisation.
  • Google s’enfonce: faux agenda d’Halloween à Dublin issu d’un article IA, et “aperçu IA” affirmant à tort que Barack Obama serait musulman; l’algorithme favorise les sites massifs et le verbiage.
  • Fin 2024, l’Américain Michael Smith est accusé d’avoir généré des centaines de milliers de morceaux IA et gonflé l’écoute via des milliers de faux comptes, pour environ 10 millions de dollars de royalties.
  • Les bots représentent déjà environ la moitié du trafic internet; TikTok est inondé d’avatars IA, souvent utilisés pour pousser arnaques financières ou produits minceur.
  • Le clonage vocal (ex. ElevenLabs) couplé à des LLM comme ChatGPT permet d’improviser des appels crédibles à des services clients, révélant l’aisance des IA à halluciner avec aplomb.
  • L’IA repose sur un labeur massif et précaire: 150 à 430 millions de “travailleurs des données” via des plateformes (ex. Prolific, Amazon Mechanical Turk, Samasur Kenya), payés parfois moins de 2 dollars/h et exposés à des contenus traumatiques jusqu’à 18 h/jour.
  • Derrière l’utopie du web ouvert, la “merdification” décrite par Cory Doctorow s’installe: concentration de pouvoir (Google, OpenAI, Anthropic), externalisation des coûts humains et énergétiques “à l’échelle de pays entiers”, et dévalorisation des créateurs.

À retenir

Conseil de survie pour non-experts, sans overdose de bouillie:

  • Vérifiez avant de partager (oui, même si c’est “tellement incroyable”).
  • Privilégiez des sources fiables, des communautés fermées et des auteurs identifiés (bonus: “écrit par un humain”).
  • Sur Google, utilisez des opérateurs (site:, -motclé) ou des sources directes; fuyez les romans de 6 000 mots pour une omelette.
  • Sur les réseaux, méfiez-vous des avatars trop parfaits et des offres trop généreuses (votre banquier aussi).
  • Soutenez les créateurs humains et les médias qui sourcent et éditent.
    Et quand l’IA s’emballe, la meilleure mise à jour reste simple: parlez à un humain, idéalement hors fil d’actualité. Oui, ça existe encore.

Sources

Quiz sur la vidéo: 5 questions